Au pays

Création pour une troupe amateure

Au Pays est né d’une commande du TRAC 47 (Théâtre en Réseau d’Amateurs & Compagnies du Lot-et-Garonne) pour l’écriture d’un texte sur la thématique du « monde paysan, aujourd’hui ».

La thématique étant à la fois vaste et particulièrement ardente, nous avons organisé durant les mois de mars et d’avril 2023, des rencontres avec une quarantaine de femmes et d’hommes qui ont consacré partie ou totalité de leur vie à la terre.

Qu’ils se disent paysans ou exploitants agricoles, qu’ils soient issus du milieu ou non, en conventionnel ou en bio, le sentiment de la liberté, de la nécessité, et de la fierté revient dans les paroles. Et les rêves piaffent tambour battant comme la pluie qu’on appelle. J’ai recueilli leurs vocations, leurs colères, leurs espoirs, leurs drames, leurs éclaircies, pour écrire un texte donnant la parole à des personnages de fictions.

Transmission, tracteurs intelligents, PAC, traçabilité, acronymes qui rendent fous, burnout jusqu’aux TS, mais aussi l’amour et le lien au cosmos, aux éléments, à la beauté, sont convoqués par ces c(h)œurs paysans pour questionner le devenir du secteur agricole, en proie lui aussi aux appétits destructeurs du néolibéralisme.

L’expérience, inédite pour moi, de confier mon texte via la mise en scène de Xavier Czapla à des interprètes amateurs, a été une source de questionnements joyeux. La proximité, voire pour certain·e·s acteur·ice·s amateures leur appartenance directe au milieu agricole, ouvre les référents culturels. Le rapport à la langue, les énergies, les corps même sont d’emblée signifiants et nous rappellent la nécessité de donner à voir et entendre ces corps et ces voix non-représentés, justement. Nous rappellent que même les corps des acteur·ice·s sont encore, à quelques exceptions près, normés. Et par-là même, c’est toute une histoire des corps, qui est passée sous silence.

J’ai aussi constaté que certain·e·s interprètes avaient de véritables capacités de jeu et de progression, et que dès lors, faire interagir des amateur·ice·s avec des interprètes professionnel·le·s au sein d’un même groupe, pouvait être doublement stimulant.

Nous avons pour projet dans les saisons à venir de proposer une re-création de Au Pays dans un cadre de rencontre mutuelle entre amateur·ices et professionnel·le·s, pour un partage des savoirs joyeux et inattendu, une mise en commun d’univers habituellement fragmentés, entre entre personnes issu·e·s « de la ruralité » (et/ou des milieux agricoles) et acteur·ice·s issu·e·s des milieux dits « de la culture ».

Il s’agira de viser un résultat entièrement professionnel. Une qualité de représentation et de jeu où on tende à ne plus démêler, justement, qui appartient à où, à quoi.

Quatre acteurices de l’Instant Propice constituraient le noyau des interprètes professionnel·le·s : Xavier Czapla, Camille Durand-Tovar, Zacharie Lorent, et moi, Joséphine Serre. La représentation professionnelle s’accompagnerait d’un atelier mené par les comédien·ne·s de l’Instant Propice pour faire travailler, sous forme d’un stage bref, dix comédien·ne·s amateur·ice·s qui viendraient terminer la distribution.

Extraits de texte

(1) Bruno – Tu fais pas de GAEC parce que t’as pas les couilles. Toi t’es bien planqué derrière tes
chiffres, avec ton cerveau d’agronome, à pouvoir faire la leçon sur ce qui est rationnel et
rentable, mais t’as pas les couilles de te mettre les deux pieds dedans. Toi, un agriculteur ?
Tu me fais marrer, t’es comme les autres : vous avez même plus de bottes ! (il rit) Les agriculteurs connectés-intelligents ! Moi j’ai des bottes. Et elles sont pleines de terre.
Seulement vous me forcez à les ranger parce que j’en peux plus. Et ouais à la place je vais prendre des ranjo parce que moi ce que je veux c’est la terre.
Sébastien – Et donc, l’armée de terre ?
Bruno – Et pourquoi pas.

(2) René Chassaing – (…) Alors un jour les agents de l’état débarquent. Et… Comment dire… Ils étaient pas vraiment ouverts au fait que je leur dise que… ben que j’avais besoin de souffler quoi. Que je m’en sortais pas. Que… (un temps) quelques nuits plus tôt, j’avais pris une corde… un tabouret… et que la corde je l’avais attachée à une poutre de la grange… que ça a été grâce aux vaches.
Elles me regardaient, avec leurs grands yeux noirs comme des puits étoilés…
Puis je suis quand même monté sur le tabouret.
Et là, dans le silence attentif de toutes les autres vaches, y en a une qui a meuglé.
Elle m’a meuglé après. Vraiment. Elle m’a parlé, c’te vache.
Et ça m’a, je sais pas, ça m’a… Alors, je suis descendu du tabouret, sans la quitter des yeux.
Elle non plus, elle me lâchait pas.
Mais ça je pouvais pas le raconter ;

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Texte

Joséphine Serre

Mise en scène

Xavier Czapla

Jeu

La troupe amateure du TRAC 47

Administration & production

Héloïse Jouary & Alain Rauline, La Mécanique des rêves

Production & diffusion

Jean-Luc Weinich pour le bureau Rustine