M.A.D ! Je te promets la forêt rebelle

Création le 6 juin 2024 au Théâtre de la Tempête, Paris

Comment vivre autrement que dans le modèle que nous – l’occident – avons connu depuis le néolithique, depuis plus de 6000 ans ? Comment (se) réinventer/réinventer notre étymologie/inventer un autre rapport au temps ? Au reste du vivant ? Quel(s) sens – dans toutes les acceptions du terme – quel(s) sens donner à notre présent ?

Avec M.A.D. !, je veux nous mettre au coeur de ces questions, dans une ZAD en FORÊT.

Une ZAD, qu’est-ce que c’est ?
Au départ acronyme de « Zone d’aménagement différé », procédure permettant un droit de préemption aux collectivités locales en vue d’y mener un projet donné, devenu ensuite acronyme de « Zone À Défendre » par les militants pour la sauvegarde de zones humides, de forêts, de tourbières, de champs, de prés, de sources, de lacs, et enfin, à l’instar de Notre-Dame-des-Landes, acronyme de « Zone d’Autonomie Définitive ». On assiste bien là, rien que par le virage à 180 degrés du sens du mot, à une métamorphose.

C’est là, dans une ZAD et dans la forêt, que M.A.D. ! nous convie à la possibilité de l’action ; je veux qu’on y remue l’indignation en même temps que l’espoir et surtout croire en notre faculté de métamorphose, et je veux le faire en donnant la parole à celles et ceux qui furent évincés, exterminés, anéantis, et qui ont encore et toujours, plus que jamais : des choses à dire.

Des militants, des étudiants, des gendarmes. Des sorcières. Des gaz lacrymogènes. Des morts qui parlent, dansent et chantent. Du vin. Du feu. Des loups. Des indiens Yanomami. Un cosmonaute devenu ermite et jardinier. Un grand chien noir. Une petite sauterelle. Des barricades. Des arbres. Des forêts. Ces figures sont des relais, des refuges, des exutoires pour s’identifier, être ému, déplacé pour croire et agir en essayant d’éprouver cet appel de la révolution comme une chance. Et avec ces figures, vivantes, mortes et à-venir, faire naître ensemble le rêve d’une idée, non pas seulement à penser mais bien à vivre.

Joséphine Serre

À propos

M.A.D. ! s’inspire de la mort de Rémi Fraisse, étudiant de 21 ans tué sur la ZAD de Sivens en 2014. Premier mort de la guerre de l’eau en Europe… C’est une pièce–forêt où les oublié·e·s des récits dominants reprennent la parole, animal et végétal compris. Une ZAD théâtrale, les visages d’une « contre–Histoire », où espoirs et combats peuvent ré-enchanter le monde tout en questionnant les racines de la violence.

Extraits de presse

Le texte, ambitieux, invite à la rupture et à la métamorphose. Il est proféré avec violence et douceur mêlées par une troupe qui conjugue à merveille le quotidien avec l’épique.

TTT – Fabienne Pascaud, Télérama

On sort emballé par l’énergie qui s’en dégage, le lyrisme, l’inventive générosité.

Jean-Luc Porquet, Le Canard enchaîné

(…) son spectacle est d’une réelle générosité, tourné vers l’avenir, refusant de se complaire dans la lugubre description du monde d’aujourd’hui même si elle le dénonce. Et c’est simplement admirable dans le refus de tout réalisme (…). C’est une forêt proliférante, foisonnante avec ses ombres et ses clartés que nous promet Joséphine Serre.

Jean-Pierre Han, Frictions

On entre dans la fiction par l’odeur de la terre au sol tandis qu’on en sort par une berceuse en forme de litanie végétale. C’est beau comme un sous-bois obscur et foisonnant, essentiel comme ce qui nous agite en ce moment.

Marie Plantin, revue théâtre(s)

Par sa mise en scène, Joséphine Serre trace un très beau chemin. S’appuyant sur la sublime scénographie de Caroline Oriot, les lumières de Pauline Guyonnet, les vidéos de Véronique Caye et les sons joués en direct par Frédéric Minière, le plateau du théâtre de la Tempête ne cesse de s’ouvrir sur cette forêt, la faisant bruisser et respirer.

Olivier Frégaville, l’Oeil d’Olivier

M.A.D. ! ne se joue pas de nos utopies, mais sur elles. Sur la nécessité et l’incertitude de leur devenir. Sur leurs strates. Sans injonction à choisir son camp. Les gendarmes aussi peuvent parfois être touchants. Comme une invitation poétique à déplacer nos regards et nos représentations. C’est aussi une tentative de retenir contre l’oubli nos morts.

Laurent Klajnbaum, L’Insoumisson

Extraits de texte

(1) WALDEN LE GRAND CHIEN NOIR – Nous sommes en équilibre sur le point de bascule et nous ne savons pas
De quel côté
Cela penchera
Et si cela penche nous ne savons pas
Si au déséquilibre suivra
L’effondrement
L’envol
Nous marchons sur la crête du vide
L’épine dorsale du désastre
Et nous savons
Que vous avez votre part
Dans la catastrophe
Plus que toute autre, votre espèce.
Plus que les 10 millions d’autres, réunies,
Votre espèce.

(2) GENDARME – Je suis le bras armé ! Le rouage de la tragédie ! J’ai tiré oui mais il n’y avait pas d’intention dans ce geste ! [bruits d’insectes nombreux] Des nuées de scarabées. Bleus, verts et or. Vous n’entendez pas ? Ces vrombissements ? et cette flûte, en permanence ?! Certains ont un nez de clown ! Les scarabées, vous ne les voyez pas ?? Vingt nuits que je n’ai plus dormi. Il dort pour toujours et moi je n’aurai plus de repos. Je ne voulais pas. Je parlais, j’étais l’un des rares qui parlaient avec vous. J’étais celui qui avait dans sa main les munitions quand l’ordre a été donné. J’étais celui qui était placé là où la menace avait été détectée, et on m’a sommé de tirer, je n’étais pas moi Joseph Couderc j’étais le gendarme, le commandant, j’étais Charlie mon peloton, j’étais le Colonel j’étais le préfet, le ministre, le président, l’État ! Au bout de mon bras la mort donnée n’a pas été donnée par moi [comme ayant une révélation] – L’Étudiant ! C’est lui qui les envoie sur moi, c’est lui, comme une nuée de drones post-mortem – Ça n’est pourtant pas moi ! Ils voulaient un électrochoc, et nous avons sauté, moi et lui, l’étudiant et moi, nous avons sauté ensemble sur cet électrochoc, je suis mort en même temps que lui cette nuit-là. Et maintenant les scarabées me dévorent !

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Texte et mise en scène

Joséphine Serre

Dramaturgie et assistanat à la mise en scène

Frédéric Cherboeuf

Avec

Joris Avodo, Xavier Czapla, Camille Durand-Tovar, Arnault Lecarpentier, Zacharie Lorent, Joséphine Serre

Création vidéo

Véronique Caye

Création lumières

Pauline Guyonnet

Création son

Frédéric Minière

Scénographie et costumes

Caroline Oriot

Régie générale

Ludovic Heime

Administration & production

Héloïse Jouary & Alain Rauline, La Mécanique des rêves

Production & diffusion

Jean-Luc Weinich pour le bureau Rustine

Production

L’Instant Propice

Coproduction

Un Festival à Villeréal, Château Rouge, scène conventionnée d’Annemasse

Avec l’aide à la création de

La Région Île-de-France, la Ville de Paris, l’ADAMI et la Spedidam

Durée 2h30

© photos : Vahid Amanpour, Véronique Caye