Le Chant des Possibles
Petit tarot agricole à l’usage des terrien·ne·s
Né d’une commande du TRAC 47, Le Chant des Possibles est la seconde pièce d’un cycle théâtral amorcé en 2022/23 avec Au Pays autour de la question des mondes paysans. Au Pays tout comme Le Chant des Possibles ont été écrit à partir de témoignages d’une quarantaine de personnes ayant consacré partie ou totalité de leur vie à la terre. Le premier volet était axé sur un état des lieux, fictionné, poétique et nécessairement politique, racontant les colères, les espoirs, la question du sens et de la transmission, le poids de la bureaucratie, la peur des contrôles ou les burn-out, mais aussi la beauté puissante des vocations. Après sa création au festival de Villeréal en 2023, Au Pays a tourné pendant 2 ans dans des fermes du Lot-et-Garonne.
Le Chant des Possibles questionne quant à lui l’avenir et les rêves du monde agricole. Quels futurs nous apparaissent comme désirables ? Voici la question qui a guidé les ateliers menés à l’automne 2024 avec une quarantaine d’agriculteur·ice·s.
Le Chant des Possibles propose un récit, sous forme d’un chant choral, se déployant sur les 100 prochaines années à partir du présent : de 2025 à 2125. On navigue donc entre utopies et dystopies, la science-fiction dialogue avec des chœurs, antiques et/ou paysans, les oracles ressuscitent, les satellites s’effondrent, on parle avec les arbres, et on s’arrache hors de l’emprise des banques. En jeu : la souveraineté, l’énergie, la biodiversité, l’endettement, le machinisme, mais aussi les rituels et le rapport au corps. Un désir d’oasis reliés comme des archipels. La mutualisation, l’hybridation des techniques, le lowtech, l’appel à remercier les « animaux qui travaillent eux aussi » et à prendre soin « beaucoup beaucoup » de la terre. « Les solutions existent déjà », beaucoup nous l’ont dit.
Si l’avenir est sujet à caution, s’il y a bien sûr autant d’avenirs désirables qu’il y a d’êtres au monde, et si j’ai nécessairement tissé mes propres affects humains dans l’écriture avec ceux recueillis auprès des participant·e·s de décembre 2024, alors, pour que le tissage puisse s’achever, ne reste qu’à le tresser maintenant avec vos affects à vous, spectateur·ice·s.
Prêt·e·s à voyager dans le temps… ?
Extraits de texte
(1) CHŒUR DES DESCENDANTS – Émergence d’archipels longuement préparés
Oasis brutales
Îles patiemment espérées par les inadapté·e·s
Alors soudain les fuites qui ne laissent plus de traces
Soudain se cacher
Incognito enfin nos cœurs
Rendus à la solitude Unique la solitude
D’ÊTRE
Face-à-face avec le cosmos
Le monde s’arrachait à ses chaînes
Tout semblait incroyablement grand
Nous regardions le ciel
Nous dansions sous le déluge des astres s’effondrant
La joie – on n’aurait pas pu prédire ça –
Ce qui se brisait là, brisait toutes les prisons,
(2) CHŒUR DES DESCENDANTS – C’était un prérequis.
On vous sommait de vous endetter. Le monde tenait sur la dette. Chacun devait y prendre part. On plaçait sa vie dans la paume de sa dette. On croyait en un dieu invisible qu’on appelait rationalité ou croissance ou pragmatisme ou marché. On s’endettait pour agir, on s’endettait pour espérer, on s’endettait pour habiter la terre, on s’endettait pour épuiser la terre. L’épuisement était une vertu.
On n’avait pas le choix.
Ne jugez pas les humains de cette époque.
Vous n’auriez pas fait mieux.






Texte
Joséphine Serre
Mise en scène
Camille Durand-Tovar
Jeu
La troupe amateure du TRAC 47
© photos : Nicolas Guillemot